Le dossier des Inrocks : manger de la viande tue

Couverture des Inrocks du 12/01/2011 : Manger de la viande tue

Comme je l’annonçais dans mon dernier billet, les Inrocks ont fait leur « une » du 12 janvier sur la consommation de la viande. Le dossier n’apprendra probablement pas grand-chose aux personnes qui se sont déjà renseignées, mais il est intéressant, car il évoque les grands thèmes liés au fait de manger des animaux : mauvais traitements des animaux, pollution liée à l’élevage, question morale sur la vie des animaux, conséquences néfastes sur la santé d’une trop grande consommation de viande pour l’homme. Certes, c’est un peu décousu et superficiel, mais cela constitue une bonne introduction au sujet et une bonne base pour entamer une réflexion.

Le dossier comprend 5 articles (je rajouterai les liens vers le site des Inrocks quand ils seront disponibles) :

  • « La mort par la viande » : interview de Jonathan Safran Foer pour la sortie de son livre Faut-il manger les animaux ? (propos recueillis par Nelly Kaprièlian)
  • « Les usines de la morts » (par Nelly Kaprièlian) : présentation du livre de Jonathan Safran Foer
  • « La voix des bêtes » (par Jean-Marie Durand) sur les penseurs de la condition animale
  • « Un lien entre viande rouge et cancer » interview de Marie-Monique Robin pour la sortie de son livre (prévue en mars) Notre poison quotidien (propos recueillis par Guillemette Faure)
  • « 35 euros pour un coucou de Rennes » (par Anthony Orliange) sur la difficulté de consommer des animaux vraiment élevés en plein air et dans de bonnes conditions

Le gros du dossier est composé de l’entretien de l’écrivain américain Jonathan Safran Foer, dont le livre Eating Animals datant de 2009 vient d’être traduit en français sous le titre Faut-il manger les animaux ?.

Jonathan Safran Foer, lui-même végétarien, explique qu’il ne veut pas convertir au végétarisme, mais alerter sur les méfaits de l’industrie de la viande, en particulier en terme de pollution, et encourager à réduire la consommation de viande, comme acte citoyen. Il développe la métaphore de la cigarette, déjà présente sur l’image de couverture : « La consommation de la viande va évoluer comme celle du tabac : légale mais régulée. »

Cela m’a donné envie de lire son livre. J’en avais entendu parler à sa sortie, mais comme j’étais encore omnivore, je me suis dégonflée – j’avais déjà assez mauvaise conscience comme ça. Son livre est très personnel : il mêle ses rencontres avec les éleveurs, son enquête sur le terrain et sa propre relation à la nourriture.

Ce que décrit Jonathan Safran Foer concerne principalement les Etats-Unis, mais il s’est tout de même renseigné sur ce qui se passe en Europe. Et l’interview de Marie-Monique Robin apporte un bon complément, car elle précise que la situation en France n’est pas bien différente : « Aux Etats-Unis, les élevages sont tellement grands que le problème est décuplé mais c’est pareil en Bretagne avec les porcs ou en Indonésie avec les poulets. »

Petite parenthèse sur Tout est illuminé

Jonathan Safran Foer est un écrivain, et non un journaliste. Il a écrit Faut-il manger les animaux ? car le sujet le touchait, mais il publie habituellement de la fiction. Il s’est fait connaître avec le roman Tout est illuminé (Everything Is Illuminated – 2002), inspiré de l’histoire de sa famille. Il raconte l’histoire d’un jeune juif américain, Jonathan, qui voyage en Ukraine à la recherche de la femme qui a aidé son grand-père à fuir vers les Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale.

Je n’ai pas lu le livre, mais j’ai vu le film qui en est tiré, réalisé par Liev Schreiber et sorti en 2005. Regardez la bande-annonce, ça donne une bonne idée du film. Attention, à partir de 1’40, c’est plein de vilains spoilers (après la phrase « la quête d’un homme pour la vérité, qui va révéler un secret, qui va changer leur vie à tous »). Et pour rester dans le sujet, le passage entre 1’13 et 1’24, où Jonathan annonce qu’il est végétarien est assez drôle.

En conclusion

Je regrette que Les Inrocks entretiennent la peur sans proposer de solution. Le végétarisme est à peine évoqué, et pour être rejeté comme solution trop extrême, même par Jonathan Safran Foer. La seule solution est celle d’Anthony Orliange : manger moins de viande, mais de meilleure qualité. Et rien n’est suggéré pour réduire la pollution de l’industrie de la viande. Comment un citoyen peut-il agir pour améliorer la situation ?

On peut effectivement penser que Les Inrocks jouent la provocation avec des titres et des couvertures très durs. Surtout si on se rappelle que la semaine précédente, la couv’ était consacrée à une ancienne star du X

Plus d’infos

Sur Jonathan Safran Foer : les pages Wikipédia en français et en anglais (bien plus complet, comme toujours), critique de Faut-il manger des animaux ? par Le Monde, et références du livre : Faut-il manger les animaux ? (Eating Animals), L’Olivier, 360 p., 22 €.
Sur Marie-Monique Robin : son blog sur la plateforme d’Arte
Sur Anthony Orliange, lire son article dans Les inrocks Les neo-butchers réconcilient viande et environnement
Les livres de penseurs de la condition animale conseillés par Les Inrocks : Le Silence des bêtes, la philosophie à l’épreuve de l’animalité d’Elisabeth de Fontenay (1998) ; L’animal que donc je suis de Jacques Derrida (2006) ; Animal, mon prochain de Florence Burgat (1997) ; La Libération animale de Peter Singer (1993) ; Règles pour le parc humain de Peter Sloterdijk (2000).

  1. Merci pour ce résumé!
    Et bravo pour ta conclusion, personnellement, je ne pense pas que la peur nous aidera à quoi que ce soit, mais… le végétalisme si! :-p

  2. Je suis allée le lire dans ma bibliothèque : j’ai trouvé le dossier pas mal du tout, passé la photo gigantesque des abattoirs de Chicago qui ressemble à une vision de l’enfer ! C’est vrai qu’évoquer le végétarisme dans un pays où on mange 83 kg de viande par personne et par an, c’est pratiquement impossible. Coïncidence amusante, si on veut :((( j’étais hier en Centre Bretagne à l’inauguration et la visite d’une porcherie de 900 truies gestantes hors-sol (une grosse usine bourrée d’électronique !) ; j’y étais au titre de la protection animale. J’en ai encore froid dans le dos de ce que j’en ai vu et entendu. En tous cas, je vais lire le livre de Foer par la porte ou par la fenêtre : en anglais, acheté chez Amazon, ou en français emprunté à ma bibli ; je l’ai immédiatement suggéré en achat et pour une fois, la bibliothécaire à tendu favorablement l’oreille !

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