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Découvertes musicales pop indé

All diese Gewalt – Dans de beaux draps

All diese Gewalt est d’après Spotify mon artiste préféré de l’année 2021. Ce n’est pas une surprise, vu que j’ai écouté en boucle son deuxième album, Andere. C’est aussi l’un des seuls artistes que j’ai vu en concert en 2021.

Dernière le nom All diese Gewalt (« Toute cette violence » en allemand) se cache un projet solo, celui de l’artiste Max Rieger, chanteur de Die Nerven, un groupe post-punk de Stuttgart. C’est aussi un producteur qui a participé aux albums de Mia Morgan, Ilgen-Nur, Drangsal

Alors, à quoi ça ressemble ? La musique de All diese Gewalt est qualifiée de post punk. Elle est très mélodique, mais tendue. En cela, j’ai pensé à Nine Inch Nails. Aussi pour l’usage du piano et des claviers dans un esprit rock. Max Rieger cite d’ailleurs Trent Reznor (le leader de NIN) comme une influence dans son travail de production. Les textes sont en allemand, bruts et pessimistes.

Les premières secondes de l’album, au début de Halte Mich, m’ont évoqué très nettement la musique d’introduction de la série d’animation Love, Robots and Death. La chanson Gift a cette même ambiance électro, voire robotique, qui rappelle Depeche Mode. Le mot « Gift » est un faux-ami pour les anglophones. A plus d’un titre, puisqu’il ne veut pas dire « cadeau » comme en anglais, mais « poison » en allemand.

Il y a tout de même beaucoup de guitares sur l’album. Par exemple une guitare dissonante sur Sich ergeben. La musique se fait parfois oppressante, sinistre et répétitive. Il y a peu de moments d’espoir sur cet album, à part peut-être sur Andere qui clôt l’album, ou sur Blind, qui est plus doux, avec seulement du piano.

L’album a été écrit et publié en 2020. Et ça s’entend. Il est clairement marqué par la pandémie et le confinement. Il y sera question d’isolement, de doute, de désœuvrement. Ca vous rappelle quelque chose ?

Ich warte, das etwas passiert.

J’attends que quelque chose se passe

Etwas passiert

Max Rieger passe d’un chant intimiste, murmuré, je dirais même « soupiré », où l’on sent la frustration, à un chant brut et intense, presque crié.

Andere

Mais comment suis-je tombée sur ce gars ? J’essaie d’écouter de la musique en allemand. Mais surtout la pochette au drap rouge et au fusil m’a tout de suite intriguée. Je la trouve très réussie : elle crée du mouvement, elle mélange la sensualité du tissu et la menace de l’arme, elle met en scène le corps de l’artiste tout en le cachant.

Comme j’ai fini par le comprendre, Max Rieger n’aime pas montrer sa bouille.

Déjà la couverture de son premier album, Welt in Klammern, montrait le détail d’un tableau : un garçon qui était sensé représenter l’artiste.

Pour son deuxième album, Rieger s’est senti obligé d’apparaître sur la pochette. Sauf que ça pourrait être n’importe qui d’autre, vu qu’on ne distingue pas son visage.

Welt in Klammern

Gib mir mehr, egal woher

Donne-m’en plus, qu’importe d’où cela vient

Ergolgreiche Life

J’ai vu All diese Gewalt en concert le 25 août 2021 lors du festival Pop Kultur à la Kulturbrauerei à Berlin. Ce fut un concert très particulier à cause d’un parti pris de mise en scène fort, qui ne m’a pas convaincue. J’ai compris le message, mais ça m’a profondément déplu.

Un immense drap séparait les musiciens du public et ceci pendant tout le concert. J’ai cru que ce ne serait que pour le premier morceau et quand j’ai compris que ce serait pour tout le concert, j’ai franchement été déçue. Ca m’a rappelé le traumatisme du concert de Fever Ray en 2010 où on ne voyait que de la fumée et des lasers.

Officiellement, la mise en scène devait créer de l’intimité entre les musiciens et leur permettre de tout donner musicalement. J’y ai vu une analogie de nos vies en temps de pandémie : distance sociale, morceau de tissu entre nous et les autres… Et bien sûr, une esthétique cohérente avec la couverture de l’album et le clip de Elfolgreiche Life. OK, OK, je comprends, mais je ne souscris pas. Je suis une fille basique : en concert, je veux voir les artistes.

Un jeu de transparence et d’éclairage permettait de voir les silhouettes des musiciens plus ou moins distinctement selon les moments. On devinait à travers les ombres et on entendait bien que Rieger donnait tout. Il chantait brutalement, sans ménage pour ses cordes vocales, ça venait des tripes, comme sur l’album. Lors d’un dernier titre, il s’est roulé à terre pendant un solo de guitare. C’est très beau, mais toute cette énergie n’était pas partagée avec le public.

En plus du drap, un autre problème empêchait l’énergie des musiciens d’atteindre les spectateurs : il s’agissait d’un concert assis, pour des raisons sanitaires, il ne fallait pas que les gens se déplacent.

On va dire que c’était une expérience.

En tout cas, je recommande l’album.

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